Lectures

Yardam

28 octobre 2020

« À force de tâtonnements, il avait fini par comprendre que les gens n’enregistraient pas leur vie avec objectivité et qu’au contraire, ils déroulaient l’histoire qu’ils avaient choisi de se raconter. Le temps la dénaturait, l’embellissait ou la salissait. » Extrait du livre, page 151.

RÉSUMÉ | À Yardam, la folie est sexuellement transmissible. Dans l’espoir d’endiguer l’épidémie, la population est mise en quarantaine, isolée du reste du monde. Le virus n’a pas épargné Kazan. À l’image de la ville qui s’enfonce dans le chaos, il sombre lentement. Pour s’en sortir, il serait prêt à toutes les extrémités, y compris à manipuler Feliks et Nadja, un couple de médecins étrangers venus s’enfermer volontairement dans la cité pour trouver un remède. Dans son désespoir, il va accomplir le pire.

MON AVIS | J’entends parler d’Aurélie Wellenstein depuis des années. À chaque fois qu’un de ses livres est publié, les réseaux sociaux s’enflamment et tout le monde se jette dessus. Malgré cela, je n’ai jamais sauté le pas. Pourtant, pas mal de ses œuvres m’intéressent, de par leur thématique ou leur couverture (il m’en faut peu et je n’ai pas forcément besoin de lire un résumé pour être emballée — un beau visuel et hop, je suis embarquée). Aussi, je ne compte plus le nombre de chroniqueurs qui ont parlé de sa plume et l’ont jugée enivrante, entraînante, voire percutante. Comment résister, face à tous ces compliments ? Il y a quelques semaines, Babelio lançait une nouvelle opération masse critique et en jetant un oeil à la liste des ouvrages proposés, je suis tombée sur Yardam. J’ai tenté le coup et ça a payé ! Aujourd’hui, donc, je viens vous donner mon avis.

L’histoire se déroule à Yardam, une ville qui est aux prises avec un mal inconnu. En effet, une étrange épidémie fait rage et elle transforme les personnes contaminées en coquilles vides. Autrement dit, en des êtres au regard vitreux qui ont perdu leur âme et qui errent sans but dans les rues. Pour lutter contre ce trouble venu d’on ne sait où, les autorités ont décidé d’instaurer une quarantaine et de fermer les portes de la cité : plus personne ne peut entrer, plus personne ne peut sortir. C’est dans ces circonstances que nous faisons la connaissance de Kazan, un « voleur d’esprits » en partie responsable de cette dramatique situation. Alors qu’il allait s’échapper de cet environnement qui est devenu une prison, son chemin va croiser celui de Nadja et Feliks, deux médecins bien décidés à trouver un remède — et une explication — à cette maladie. Le jeune homme, qui voit en ce couple la solution à tous ses problèmes, va saisir l’opportunité qui se présente à lui. Et pour arriver à ses fins, il est prêt à tout..

Je préfère prévenir maintenant mais ce livre n’est pas fait pour tout le monde. Au contraire, je pense qu’il est pour un public averti. L’histoire comporte pas mal de scènes violentes, crues et explicites, donc âmes sensibles s’abstenir. En ce qui me concerne, j’ai plongé tête baissée dans cet ouvrage et ça ne m’a pas gênée. Pour tout vous dire, j’ai passé un chouette moment de lecture ! Aurélie Wellenstein mène le lecteur par le bout du nez du début à la fin. Elle frappe fort avec ce huis clos où règne une ambiance sombre, dérangeante, oppressante et rude. On voit les villageois repoussés dans leurs derniers retranchements. On voit ce que l’Homme est prêt à faire pour sa survie quand il est dos au mur. On voit des choses horribles et on ressent comme un sentiment d’urgence : il faut trouver une solution tout de suite. Concrètement, Yardam est un livre percutant qui ne vous laissera pas indifférents et qui vous marquera, d’une manière ou d’une autre.

Pourtant, sa force réside ailleurs : l’autrice nous présente ici des personnages ni tout blancs, ni tout noirs, mais torturés. Kazan, pour commencer, m’a littéralement bluffée. Je me suis attachée à lui — ce qui est assez paradoxal puisqu’il est méprisable et dangereux — et j’ai aimé suivre l’évolution de sa noirceur. Ses paroles/actes étaient parfois souvent discutables et je n’ai pas approuvé tous ses choix, ni même ses pensées. Pourtant, il m’a troublée à de nombreuses reprises. C’est un être parasité, angoissé, tourmenté qui a ses propres moments de faiblesse, qui agit par instinct et qui a fait naître en moi des sentiments contradictoires : je l’ai adoré et détesté. Viennent ensuite Nadja et Feliks, nos médecins étrangers qui ne sont pas en reste. La relation qu’ils vont nouer tous les trois est malsaine, toxique, animale. C’était complexe et bien amené. La psychologie des personnages, quant à elle, a été merveilleusement bien travaillée. Je n’ai rien à redire là-dessus.

Il m’est difficile de rédiger une chronique sur une œuvre aussi spéciale et j’ai du mal à poser mes mots par écrit. Je pense que ça se voit. Tout ce que je peux dire, c’est qu’Aurélie Wellenstein nous propose un roman particulier qui mène des personnages aux portes de la folie. Elle nous décrit un univers anxiogène, malaisant, glauque et addictif. Je n’ai pas eu de coup de cœur, mais d’un autre côté, je me suis pris une belle claque. C’est aussi simple que ça. Merci à Babelio (opération masse critique) et aux éditions Scrineo pour l’envoi de ce livre et pour la confiance qui m’a été accordée.

Œuvre écrite par : Aurélie Wellenstein.

Nombre de pages : 480 | Éditeur : Scrinéo | Ma note : 4,25/5.

Date de sortie : 19 mars 2020 | Prix : 20 €

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Connaissez-vous cette œuvre ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Dans le cas contraire, êtes-vous intéressés ?

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