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Rouille

8 décembre 2019

« Évidemment qu’elle ressemblait à cette Viviane. Toutes les prostituées ressemblaient à un amour interdit et trop tôt disparu. Elle n’était qu’un faire-valoir, un fantôme du passé ou la pâle copie d’une autre ; elle n’était jamais Violante dans leurs yeux. » Extrait du livre, page 78.

RÉSUMÉ | Paris, 1987. De nouveaux matériaux découverts sur la Lune ont permis des avancées scientifiques extraordinaires. Mais tout le monde n’en profite pas ! En dehors du dôme qui protège le centre urbain riche et sophistiqué, le petit peuple survit tant bien que mal. C’est dans une maison close sur l’un de ces faubourgs malfamés qu’a échoué Violante, prostituée sans mémoire. Alors qu’elle se démène pour trouver son identité dans un monde dominé par les hommes et les puissants, sa meilleure amie disparait dans d’atroces circonstances. Contre la raison, la jeune femme décide de prendre part aux investigations..

MON AVIS | Floriane Soulas nous dépeint là un univers assez particulier et pourtant merveilleusement bien ficelé. On sent que des recherches ont été fournies pour créer une telle œuvre et pour en venir à bout parce que, dans le fond, ça paraît tellement vrai, on s’y croirait. Pour un premier roman, et malgré quelques petits bémols dont je parlerai plus tard dans l’article, c’est un coup de maître. L’histoire se déroule dans un Paris du XIXème siècle (pas le nôtre, vous vous en doutez certainement) à la tendance un peu steampunk. Animaux mécaniques, dirigeables, aéronefs, machines et technologie à vapeur, inventions en tout genre et autres sont bien présents ici. Nous faisons la connaissance de Violante, une jeune femme qui n’a pas beaucoup d’informations à nous fournir sur sa personne puisqu’elle est amnésique. En effet, elle a été enlevée de la rue il y a environ trois ans et depuis, on lui a construit une nouvelle identité. Désormais, elle est Duchesse, une prostituée luxueuse qui travaille aux Jardins Mécaniques — une maison close — pour le compte de Madeleine, qui règne en maîtresse absolue sur les lieux ; et Léon, qui l’a trouvée et qui empoche une partie de ce qu’elle gagne auprès des nombreux clients qui viennent lui rendre visite de manière plus ou moins régulière. Mais, à côté de ce quotidien qui lui a été imposé et qu’elle n’aime pas, la jeune femme cherche à en savoir plus sur son passé et sur qui elle est vraiment. Les indices ainsi que les pistes sont rarissimes et, quand elle trouve quelque chose, elle s’y accroche de toutes ses forces. Même si, au final, ça ne mène à rien. Un jour, son amie Satina lui dira qu’elle a une information.. puis, elle disparaîtra. Si, de prime abord, on va supposer qu’elle s’est enfuie ou qu’elle est partie se droguer dans un coin, on réalisera vite que son absence est peut-être liée au tueur en série présent en ville. Dès lors, Violante va tout faire, quitte à se mettre en danger, pour la retrouver.

En ce qui concerne les personnages, et principalement l’héroïne, je dois dire qu’elle m’a plu autant qu’elle m’a posé problème. Elle peut se montrer hautaine, froide, exécrable, distante, mais on sait qu’elle alterne entre sa vraie personnalité — celle de Violante — et le masque qu’elle s’est forgé au fil du temps pour satisfaire ses clients et sa matrone, et pour ne pas se laisser marcher dessus par les autres filles de joie de la maisonnée. Seulement, n’est-elle pas simplement.. désagréable ? En revanche, il m’est arrivé de la trouver attachante, forte, brave et courageuse. Elle va au-devant du danger et n’hésite pas à se salir les mains si c’est pour aider, voire sauver, autrui ; et elle se bat pour connaître la vérité sur ses origines. Elle ressemble à d’autres héroïnes, de par sa façon d’être, et en même temps, elle est tellement différente. C’était perturbant et étonnant. Nous avons également Léon et Jules, le proxénète et son assistant. Le premier était dur au début de l’histoire et il a finit par se montrer plus doux, plus gentil. Ça ne collait pas vraiment et ce n’était pas trop crédible, c’est dommage (je chipote sur ce coup, il était sympathique). Le second, en revanche, m’a bien plus intriguée, et je l’ai adoré dès son apparition dans le roman. Parmi les autres protagonistes nous avons Livia, Scarlett, Ayati, Diane, Ludmilla, Armand de Vaulnay, Surin, Alastair, Feu et les enfants perdus (ça a des airs de « Peter Pan », tout ça), etc. Certains sont plus mis en avant que d’autres mais globalement, et même si on n’apprend quasiment rien sur eux, tous sont intéressants.

Globalement, Rouille a été une très bonne lecture. On sort des sentiers battus et on atterrit dans un monde glauque, sombre, cruel et gore qui comporte quelques scènes explicites (attention, public averti, on ne sait jamais) et qui tient le lecteur en haleine. Les rebondissements s’enchaînent, le rythme est bon, la plume de l’autrice est agréable — malgré quelques répétitions — et je suis curieuse de voir le reste de son travail avec « les noces de la renarde » que je n’ai pas encore en ma possession mais qui est sur ma wishlist. Les personnages, atypiques, m’ont charmée, et j’ai littéralement adoré ce petit côté « Jack l’éventreur ». Néanmoins, si je devais parler des points qui m’ont embêtée, je citerai le dénouement, qui a un côté plus que prévisible. Des éléments clés sont disséminés par-ci par-là et le lecteur peut aisément comprendre le pourquoi du comment tout en étant seulement au début de l’ouvrage. Peut-être que c’était fait exprès, je n’en sais rien du tout. Après, ça n’a pas gâché ma lecture, loin de là. Aussi, j’aurais aimé un chapitre ou deux en plus, puisque le dernier m’a laissé un arrière-goût d’inachevé dans la bouche. Bref, cette découverte était géniale mais ce n’est pas un coup de cœur. Je recommande !

Œuvre écrite par : Floriane Soulas.

Nombre de pages : 384 | Éditeur : Scrineo | Ma note : 4/5.

Date de sortie : 16 mai 2018 | Prix : 16,90 €

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