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Le dieu oiseau

25 novembre 2020

« Cependant, une partie de lui demeurait viscéralement liée à son ancien maître. Pire encore, en dépit de toutes ces horreurs, il éprouvait pour lui une reconnaissance trouble : sans lui, sans cet enfant qui l’avait réclamé à l’époque, dans la démence du banquet, il serait mort. Il aurait été dévoré comme son père. Torok lui avait sauvé la vie. Et pendant dix ans, Torok avait été toute son existence. Faolan n’avait jamais été seul. De façon folle, il s’était accroché à son tortionnaire, car sa famille décimée, cet homme était tout ce qui lui restait. » Extrait du livre, page 284.

RÉSUMÉ | Une île. Dix clans. Tous les dix ans, une compétition détermine quel clan va dominer l’île pour la décennie à venir. Les perdants subiront la tradition du « banquet » : une journée d’orgie où les vainqueurs peuvent disposer de leurs adversaires. Il y a dix ans, Faolan, fils d’un chef de clan déchu, a assisté au massacre de sa famille. Sauvé par le fils du chef victorieux, Torok, il est depuis lors son esclave et doit subir ses fantaisies perverses. Enfin la nouvelle compétition est sur le point de commencer. L’occasion tant attendue par Faolan pour prendre sa revanche. Aura-t-elle le goût du sang ?

MON AVIS | Toutes les décennies depuis des siècles, des clans vivant sur une île coupée du monde s’affrontent dans une compétition sanglante afin de déterminer quelle tribu sera intouchable pour les dix prochaines années. Suite à la désignation du champion a lieu le banquet, une sorte d’orgie macabre au cours de laquelle les vainqueurs font ce qu’ils veulent des vaincus. C’est dans ces conditions que Faolan Escalada, un enfant qui se trouve du mauvais côté, voit sa famille subir les pires atrocités avant de se faire assassiner. S’il échappe à la mort, c’est uniquement parce que Torok, fasciné par ses yeux couleur océan, décide de le garder à ses côtés comme esclave. Pendant dix longues années, le fils de celui que l’on nomme l’Orateur Vénéré va faire de lui son souffre-douleur, sa propriété exclusive. Mais ce n’est plus qu’une question de temps avant que la situation change. En effet, les prochaines épreuves auront lieu dans quelques jours et tout le monde, même les esclaves, pourront y participer. Le jeune homme, qui n’éprouve que de la haine, va faire tout ce qui est en son pouvoir pour battre son maître et gagner.. la bataille comme sa liberté. Parce que s’il perd, son tortionnaire l’a affirmé : il mangera son cœur. Et si, cette fois, la victime devenait le bourreau ?

Voilà déjà bien des années que les écrits d’Aurélie Wellenstein me tentent. Au mois d’octobre, j’ai eu la chance de recevoir Yardam de la part des éditions Scrineo grâce à l’opération masse critique de Babelio (vous pouvez retrouver ma chronique juste ici). Et récemment on m’a gentiment envoyé le dieu oiseau, qui m’intrigue depuis sa sortie en 2018. Verdict pour ce deuxième ouvrage ? Eh bien, mes attentes ont, en partie, été comblées. Pour commencer, vous l’avez certainement compris, ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains. Donc âmes sensibles s’abstenir ! En effet, ici, la violence atteint plusieurs niveaux. Torture, cruauté, perversions, sévices physiques/psychologiques, massacres, viols, sacrifices, cannibalisme : l’autrice n’épargne rien à ses personnages ou à ses lecteurs. Vraiment, avant de plonger dedans, notez bien ce que je dis. Cette œuvre est bien trop sombre et brutale pour être lue par n’importe qui. Il faut être préparé et avoir le cœur bien accroché. En ce qui me concerne, je n’ai pas été dérangée plus que ça parce que je m’attendais à tomber sur quelque chose de fort, de percutant et de dérangeant. Oui, l’histoire décrite est terrible. Tout est gore, tout est intense, tout est épouvantable. Pourtant, j’ai aimé ça.

À cause de ce qu’il a vécu et des traumatismes qui en ont découlé, Faolan n’est pas un héros. C’est un homme brisé, tant sur le plan physique que psychologique, et il a dû se créer des barrières mentales pour tenir le coup. En tant que lectrice — et donc, spectatrice — j’ai pu m’attacher à cet esclave, qui m’a surprise grâce à sa force de caractère. Malgré dix ans de ravages et d’atrocités, il reste déterminé et veut se venger. De ceux qui ont tué sa famille. De celui qui l’a sauvé lors du dernier banquet pour le détruire lui-même, chaque jour un peu plus. Tantôt bon, tantôt mauvais, je l’ai trouvé complexe, touchant, courageux et, en fin de compte, tellement humain. Il veut survivre. Pour ce qui est de Torok, je suis mitigée. Cet antagoniste est un vrai psychopathe qui aime maltraiter, contrôler et humilier celui qui lui sert de jouet. Dans un sens, il m’a fait penser à Ramsay Bolton (Game of Thrones), et ce n’est pas un compliment. Manipulateur, sadique, calculateur, dangereux, intelligent, ce personnage a tout pour attiser la haine. Pourtant, comme Faolan, il a bien été travaillé. Malheureusement, je ne peux pas en dire autant des autres. Certains avaient un gros potentiel et je les ai trouvés effacés par rapport au duo principal. Je pense notamment à Izel, Aracela ou encore Kiara. Dommage.

Mon principal regret concerne l’univers qui, je le pense, aurait pu être développé. On se pose mille et une questions sur les clans, les dieux, les origines de ces sombres « traditions » et pendant ce temps-là, les actions se succèdent. Comme Faolan, le lecteur n’a pas le temps de reprendre son souffle. L’horreur va crescendo, l’atmosphère est lourde et le scénario est plein de surprises (pas toujours bonnes). Le dieu oiseau est un roman hors du temps qui met mal à l’aise, qui prend aux tripes et qui bouleverse. Tout s’enchaîne jusqu’au dénouement, qui risque bien d’en frustrer certains (dont moi) ! Au final, j’ai dévoré cette œuvre. C’est vraiment une découverte dont je me souviendrai. Merci à Laure et aux éditions Pocket pour l’envoi de ce livre et pour la confiance qui m’a été accordée.

Œuvre écrite par : Aurélie Wellenstein.

Nombre de pages : 352 | Éditeur : Pocket | Ma note : 3,75/5

Date de sortie : 19 mars 2020 | Prix :  7,95 €

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