Lectures

L’année de grâce

23 décembre 2020

« L’immensité de l’eau, le vent, la lumière implacable du soleil.. tout cela nous évoque la liberté, mais nous savons que c’est un leurre. C’est comme cela qu’ils nous brisent. Ils nous confisquent tout, jusqu’à notre dignité, et la moindre miette obtenue en retour nous fait l’effet d’un cadeau. » Extrait du livre, page 403.

RÉSUMÉ | Personne ne parle de l’année de grâce. C’est interdit. Nous aurions soi-disant le pouvoir d’attirer les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie. Notre peau dégagerait l’essence pure de la jeune fille, de la femme en devenir. C’est pourquoi nous sommes bannies l’année de nos seize ans : notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté. Pourtant, je ne me sens pas magique. Ni puissante.

MON AVIS | Ce livre a rencontré un succès fou avant même sa sortie. La maison d’édition qui le publie l’a très bien vendu (je ne compte plus les publications, teasers et partages sur les réseaux sociaux) et la plupart des avis sur lesquels je suis tombée ensuite parlaient d’une lecture coup de poing, d’un roman féministe à ne rater sous aucun prétexte, d’une œuvre incroyable qui marque les esprits. Quand j’ai lu le résumé, j’ai immédiatement été intriguée. Honnêtement, comment ne pas l’être ? Après tout, il promettait une histoire passionnante et on nous l’a vendu en le plaçant dans la même lignée que Hunger Games, rien que ça ! Je voulais absolument en savoir plus et dès que j’ai pu, je me suis procuré ce bel ouvrage. Finalement, j’ai été déçue et mes attentes n’ont pas totalement été comblées.

Dans cette histoire nous faisons la connaissance de Tierney James, alors que sa vie est sur le point de changer. En effet, à seize ans, les jeunes filles de sa communauté se voient contraintes de participer à une cérémonie au cours de laquelle certaines d’entre elles — pas toutes — sont choisies par des hommes (célibataires ou veufs) du village pour les épouser. Elles n’ont pas leur mot à dire là-dessus : elles sont le sexe faible et ne décident de rien, on le fait à leur place. Suite à cela elles sont exilées au fond d’une forêt dans un endroit mystérieux, bannies pour une année. C’est ce que l’on appelle l’année de grâce. Elles doivent ainsi se purifier, enlever toute trace de « magie » de leur corps et supprimer leur pouvoir de séduction. Mais, même en étant loin de ceux qui contrôlent tout et qui surveillent leurs moindres faits et gestes, elles ne sont pas en sécurité. Une fois au campement, elles vont devenir des proies pour les braconniers, qui cherchent à les tuer. Livrées à elles-mêmes, loin des leurs, pourront-elles survivre ?

Dès le début le ton est donné. J’ai été choquée, révoltée par la condition de la femme. Elles n’ont pas le droit de se réunir, de passer du temps ensemble, de donner leur avis (peu importe le sujet), de choisir ce qu’elles veulent faire plus tard. Elles ne peuvent pas contrôler leur propre vie puisque les hommes ont la mainmise sur absolument tout. Imaginez un peu ma tête, aussi, quand j’ai vu qu’elles ne se soutenaient même pas entre elles. Elle ne se serrent pas les coudes et préfèrent se juger les unes les autres. Concrètement, c’est chacune pour soi. Toute cette violence, ces jugements, ces paroles, ces gestes déplacés, c’était dur à lire. L’autrice nous présente ici un univers glauque à l’ambiance oppressante, pesante. C’était merveilleusement bien amené. Les cent premières pages sont assez longues mais au bout d’un moment, il y a un changement de rythme et on avance. J’ai dévoré la moitié du roman tellement j’étais prise dans l’histoire. 

Malheureusement, mon intérêt pour ce bouquin a pris ses cliques et ses claques dès l’instant où une « romance » est apparue. Je n’ai pas aimé la façon dont elle s’est mise en place (traduction : en un claquement de doigts) ou la façon dont elle a évolué (traduction : bien trop soudainement pour que je trouve ça crédible). C’était plat, je n’ai jamais ressenti la moindre alchimie, et les phrases du style « je me battrai jusqu’à la mort pour la protéger » ou « je l’aime » m’ont fait lever les yeux au ciel si souvent que j’aurais pu en perdre mes lentilles de contact. Vraiment, je n’ai pas compris. Pourquoi l’autrice s’est sentie obligée de nous pondre ça ? Ça n’avait aucun sens et ça sonnait creux, faux. En plus, j’ai rarement vu un couple aussi nul dans un bouquin. L’héroïne change de comportement, de vision des choses, de tout en l’espace de quelques lignes. À un passage elle pense comme ci, le paragraphe d’après elle pense comme ça. Non, clairement non, ce n’est pas possible. J’ai eu envie de la tarter un nombre incalculable de fois. Elle qui était forte, courageuse, intelligente, débrouillarde et rusée, quel gâchis.

Cette histoire m’a aussi déçue parce que je m’attendais à plus. Les personnages secondaires (même le mystérieux Apollon) sont sous-exploités/pas développés, le contexte n’est pas assez travaillé, beaucoup de questions restent sans réponses, la dimension féministe manque de profondeur.. Je ne parle même pas de la fin, qui m’a semblé juste wtf ! Juste, pourquoi ? Bref, une lecture en demi-teinte. J’ai beaucoup aimé la première partie de l’ouvrage mais la suite ne m’a pas convaincue.

Œuvre écrite par : Kim Liggett.

Nombre de pages : 456 | Éditeur : Casterman | Ma note : 3,5/5.

Date de sortie : 7 octobre 2020 | Prix : 19,90 €

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