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De l’autre côté du mur (intégrale)

25 septembre 2019

« Le lien de mon Art et de sa Science se fait plus fort encore, il serre nos paumes l’une contre l’autre, sans aucune arrière-pensée. Tout ce temps, je le jugeais sans me demander ce qu’il pouvait ressentir, lui. Je n’ai pas essayé de découvrir son monde, ses aspirations, nos différences. Je voulais qu’il se comporte comme une Fille, et lui me traitait comme un Fils. Au fond, il voulait juste offrir son idéal à tous ses frères. Il n’est coupable que d’avoir rêvé un peu trop fort. » Extrait du livre, page 125.

RÉSUMÉ | Pour Sibel qui se consacre entièrement à la danse, le quotidien est un perpétuel ballet. Pourtant, tout bascule le jour où son lien à l’Art est coupé : on l’isole de ses sœurs, on lui refuse l’existence qu’elle aime tant dans cette communauté composée exclusivement de femmes. En tâtonnant pour retrouver tout ce qu’elle a perdu, elle entend des rumeurs, découvre des secrets propres à bouleverser sa conception du monde. Mais alors, si la vie n’est qu’un immense théâtre, pour qui Sibel danse-t-elle ? Et surtout, que se trame-t-il en coulisse ? Peut-être que cet étranger au sourire narquois qui se définit comme un « homme » et qui ne lui parle que de Science pourra-t-il lui apporter des réponses. L’aidera-t-il à franchir l’enceinte qui délimite l’univers qu’elle a toujours connu ? Révélez le mystère qui se cache là-bas, de l’autre côté du mur..

MON AVIS | Le début du roman m’a un peu perturbée parce que je ne savais pas où j’allais. J’ignorais totalement quelle direction il allait prendre et vers où l’autrice souhaitait me diriger. Et pourtant.. ces interrogations m’ont menée droit vers une incroyable lecture ! Ici nous faisons la connaissance d’une jeune adolescente de quinze ans nommée Sibel qui réside dans un lieu très étrange, reculé, isolé de tout, dans lequel vivent uniquement des filles et des femmes. Chacune possède un Art avec un grand « A », une capacité hors-normes qu’il faut pratiquer sans cesse afin de la perfectionner. Le talent de notre héroïne, c’est la danse, alors que pour d’autres il peut s’agir de littérature, de peinture, de chant. Certaines peuvent même aller jusqu’à contrôler l’eau présente dans les corps humains ! Mieux qu’une évidence, c’est une passion qui la prend aux tripes, qui représente tout pour elle. Mais un jour, l’une des règles fondamentales de la maisonnée – les contacts physiques sont formellement interdits – ne sera pas tenue. Myriam, une sœur, va perdre l’équilibre durant un cours et bousculer Sibel. La loi des Mères (les adultes qui veillent) a été bafouée et ce geste ne restera pas impuni. Pendant que celle qui a été victime de cet acte infâme est simplement mise de côté et séparée des autres, la coupable est, en revanche, définitivement bannie et envoyée dans un lieu inconnu. Éloignée de celles qui étaient sa famille depuis toujours pour éviter un autre drame et désertée par son Art suite à ce contact qu’elle n’a jamais souhaité, Sibel broie du noir et se sent vide, incomplète. Jusqu’à ce qu’elle assiste à une scène qu’elle n’aurait jamais dû voir. Dès lors, la vie de notre protagoniste va changer..

Sibel est particulière. Dès le premier chapitre j’ai eu l’impression d’avoir affaire à une peste, voire une garce. Avec le recul, je me rends compte que ce n’était pas vraiment de sa faute. Sa communauté (secte ?) a un règlement bien spécifique et les filles qui l’entourent ont été élevées et conditionnées pour agir de telle ou telle façon. Du coup, on peut l’excuser. Naïve, ignorante, obéissante, elle va finir par ouvrir les yeux au bout d’un moment et comprendre bien des choses. Elle va acquérir une certaine force et enfin, elle va se poser des questions sur sa réalité et ce qu’elle est vraiment : un mensonge ? Son évolution était très intéressante et j’ai pris plaisir à la suivre. On est loin de la fille à qui tout réussit, dans ce roman, elle souffre comme tout le monde. Malheureusement, je n’ai pas accroché à sa façon d’être. En plus, le roman est beaucoup centré sur elle. Certes il s’agit du personnage principal, seulement, elle n’est pas toute seule ! Quant au garçon qu’elle va rencontrer, disons que je ne vais pas en dévoiler trop. Je vais même garder son prénom pour moi, tiens. Sachez juste qu’il est génial, futé, attachant, et qu’il essaie de survivre tant bien que mal dans une société où le moindre faux pas est puni. Nous avons également Aylin, la meilleure amie de notre héroïne. Loyale, intelligente, gentille, passionnée, curieuse, c’est une jeune fille qui réfléchit et se demande si la vie qu’elle mène est normale et si son Art ne pourrait pas être différent, en lien avec ce qu’elle aime vraiment. Je l’ai, d’ailleurs, adorée ! En ce qui concerne les autres (Pakize, Rana, Mère Leilan, Alim, Adile, Canan, Celal, Halice, Hanife..) j’aurais apprécié un développement plus poussé afin d’en savoir plus sur eux.

Je ne sais pas comment le dire avec des termes plus cherchés que ceux-ci, mais j’ai trouvé l’univers imaginé par Agnès Marot époustouflant. Nous avons les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, un mur entre, et aucun des deux genres ne connaît l’existence de l’autre. Dingue. Mieux encore, on a une troisième partie bien particulière dont je ne dirais rien ici, histoire de laisser planer aussi bien le mystère que la surprise. C’était riche, très bien développé, superbement construit (on s’y croirait), avec une intrigue haletante et happante. L’autrice nous plonge dans un monde complexe où l’Art et la Science ne se mélangent pas, pour des raisons qui seront expliquées au lecteur dans la deuxième partie de cette œuvre intégrale. Son imagination débordante m’a transportée. En revanche, je n’ai accroché ni à sa plume, ni au protagoniste féminin principal, ni à la fin. Dommage !

Ce livre n’en reste pas moins une découverte qui m’a marquée tant je l’ai trouvée originale et bien ficelée. Une dystopie comme je les aime ! Je tiens à remercier les éditions Lynks pour cet envoi, et pour la confiance qu’ils m’ont accordée.

Nombre de pages : 432 | Éditeur : Lynks, collection Re : Lynks | Ma note : 3,75/5.

Date de sortie : xx.11.2017 | Prix : 14,90 €

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Connaissez-vous cette œuvre ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Dans le cas contraire, êtes-vous intéressés ?

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Sélection divertissement sur Inspilia – jeudi 26 septembre 2019.

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